Inflexions N°26 Le Patriotisme Mai 2014Inflexions N°26 Le Patriotisme Mai 2014

Inflexions N°26 Le Patriotisme Mai 2014

COLLECTIF

Editeur : INFLEXIONS
Date de parution : 01/05/2014
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Loin de moi l'idée de nier le caractère patriotique des guerres qui, depuis 1792, envoyèrent plusieurs millions de citoyens sur les champs de bataille pour la défense du territoire français, socle de la nation française. Pour autant, ne fermons pas les yeux sur le caractère dévoyé d'un certain patriotisme lorsqu'il prend pour cible l'« ennemi intérieur ». Sans aller jusqu'aux excès des périodes révolutionnaires (« Dans un état révolutionnaire, il y a deux classes, les suspects et les patriotes », aurait lancé le général Bonaparte à l'aube d'une brillante carrière), on sait la marge étroite entre patriotisme et nationalisme. Autant le nationalisme d'essence libérale conduisit-il la France du XIXe siècle à soutenir contre la Sainte-Alliance les peuples européens luttant pour leur indépendance, autant verra-t-on, sous le coup de la défaite de 1870, ce nationalisme changer de camp et devenir la marque de fabrique d'une droite réactionnaire, portée certes par l'idée de revanche, mais dirigeant d'abord les flèches d'un patriotisme exalté, dans le sillage de l'affaire Dreyfus, contre une République adolescente. D'où la réaction indignée du patriote et dreyfusard Péguy, que rappelle Jean-Pierre Rioux : « Étant internationalistes, nous sommes encore français, parce que dans l'Internationale, nous sommes vraiment la nation française ; il n'y a même que nous qui soyons bien français : les nationalistes le sont mal. » Dans le même temps, Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, définit le « patriote » comme « celui qui aime sa patrie, qui cherche à la servir » et, pour illustrer son propos, choisit de citer le duc de Saint-Simon qui, parlant de Vauban, écrivait que « patriote comme il était, il avait toute sa vie été touché de la misère du peuple et de toutes les vexations qu'il souffrait ». Nulle résonance guerrière dans cet éloge d'un maréchal de France : pour le mémorialiste, le patriotisme de cet homme de guerre tient d'abord à ses préoccupations sociales. À l'image des préoccupations économiques et sociales qu'exprime le président de la République lorsqu'il dit son patriotisme : c'est de l'avenir de la France qu'il s'agit et si champ de bataille il y a, c'est celui de la croissance et de l'emploi. Discours qui fait en quelque sorte écho au sentiment qu'exprimait Pierre Nora dans un entretien intitulé « Le nationalisme nous cachait la nation » et que publiait Le Monde en mars 2007 : « La nation de Renan, funèbre et sacrificielle, ne reviendra plus. Les Français ne veulent plus mourir pour la patrie, mais ils en sont amoureux. » « L'Europe vit dans la honte d'avoir été impérialiste, totalitaire et colonialiste », analyse Monique Castillo. « C'est pourquoi elle tend à faire du mépris de soi un signe de tolérance et d'ouverture au monde, comme si son autonégation était l'ultime témoignage de l'universalisme de ses valeurs. [.] Ce reniement est devenu si contre-productif qu'il met l'Europe en danger. [.] Pourtant un retournement est possible si l'on prend conscience que ce désenchantement, loin d'être notre destin, est au contraire ce qui nous prive de notre avenir, ce qui nous rend aveugles et étrangers à notre propre vitalité culturelle ; car ce qui fait la vitalité culturelle de l'Europe est sa vocation à se donner des buts. »
Et notre philosophe, dans une veine toute kantienne, enfonce le clou : « Aujourd'hui, ce qui menace la foi dans l'Europe, ce n'est plus, comme au temps de la montée des totalitarismes, un ennemi idéologique, c'est l'Europe elle-même, une Europe intérieurement divisée entre ce qui fait sa force (dans le meilleur des cas, la compétitivité économique) et ce qui fait son esprit (sa vitalité culturelle). Nous touchons là au cœur du problème : notre faiblesse est de croire que notre destin est un déclin et que tel est l'héritage fatal de la civilisation européenne. [.] [Or] un patriotisme culturel européen est pensable parce que sa vitalité n'est pas synonyme d'hégémonie mais de rayonnement, qu'il ne consiste pas en une somme de conquêtes mais en une forme d'énergie. Propager la puissance d'inspirer est une forme de fraternité qui n'est nullement détruite par les nouveaux moyens de communication
Informations
Editeur : INFLEXIONS
Date de parution : 01/05/2014
ISBN : 3663322096150
Largeur : 160mm
Hauteur : 240mm
Poids : 0.427Kg
Nombre de pages : 223

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